Ballade au bout du monde. 

Il y a quelques jours avec deux copains nous avons descendu la falaise par l’escalier  d’Aquacaux, 487 marches pour atteindre les galets et la cabane où Alain range son matériel de pêche. Ce matin là il est en mer, oh ! pas loin sur sa barque, avec son gendre pour relever les quelques casiers autorisés.  Peut-être sortiront-ils quelques tourteaux et homards. D’autres cabanes abritent des familles pendant l’été, des filets sont tendus sur le sable à marée basse et des bars sauvages se prennent dans les mailles. Ah ! quel goût délicieux lorsqu’ils sont préparés au cours bouillon avec les légumes et aromates du jardin…

Nous prenons vers le sud-ouest par le bas, sur les galets qui mettent nos chevilles et nos genoux à l’épreuve. Nous croisons les chèvres et les poneys qui tondent l’herbe et les ronces des basses falaises. Que de travail accompli par l’équipe d’Aquacaux depuis des années car auparavant on y croisait des carcasses de voiture jetées par leur propriétaire (ou non). Désormais on croise des fleurs, des arbustes, des ronces de mûres et les chèvres.

La falaise haute de 80 mètres environ s’affaisse périodiquement, souvent au printemps lorsque la  terre est alourdie par l’infiltration des eaux de pluie. De grands pans de calcaire et de terre à silex glissent vers la mer. La couche inférieure, imperméable, d’argile grise sert de tapis glissant. Ce phénomène s’est produit ce printemps dernier au niveau d’Aquacaux dans la direction opposée à celle que nous avons prise, vers la descente du Croquet.

Un drame a eu lieu, il y a 50 ans environ. C’était au droit de l’aérodrome. Un blockhaus en bordure du chemin de douanier surplombe la mer. Un merveilleux endroit pour les devises d’amour et les baisers. Deux couples se caressent, l’un sur la terrasse du bâtiment, l’autre au pied. Soudain le sol s’est dérobé, le blochaus a basculé dans le vide et la terre à glissé jusqu’en bas, sur les galets. Un couple s’en est sorti, les vêtements déchirés, et prévenir les secours, . L’autre gît en ce lieu où le bonheur aurait pu naître. Une croix commémore la tragédie, on peut la voir qui se dresse à 20 mètres sur la basse falaise , au-dessus des galets.

Un jour de tempête un caboteur, dont je n’ai pas retenu le nom, a cassé son gouvernail et est venu s’échouer non loin du même endroit, toujours au droit de l’aérodrome. La ligne d’arbre apparaît encore à marée basse. C’est là, sur le chemin de douanier, qu’un CRS est venu me chercher alors que je voulais m’approcher de la carcasse en flamme. Un nuage noir de suie se dégageait de l’épave minée afin d’éviter une marée noire due au mazout qui s’échappait des cuves.

-         Hé-p’tit-con-dégage, (des mots repris depuis dans le contexte que l’on sait par celui que l’on connaît tous pour avoir ajouté 600 milliards de dettes à notre pays et 11 millions supplémentaires pour sa campagne ; rien n’est trop beau pour ce titi-là et ses amis s’arrêteront-ils ?…)

me dit-il en m’administrant un splendide coup de pied au cul.

J’ai couru jusqu’à ma mob., je ne me rappelle pas avoir souffert de mon derrière. Il savait taper le poulet, sans faire mal, un vrai père de famille. C’était il y a 50 ans, j’avais 16 ans, paix à son âme.

Depuis les ferrailleurs sont venus avec leurs chalumeaux, la carcasse est partie, il ne reste que la quille et la ligne d’arbre, même l’hélice a été déposée.

Plus loin, on atteint les Dolmards et les milliers de tonnes de déchets et débris qui polluent le littoral encore aujourd’hui. La décomposition des matières organiques dégage une odeur nauséabonde, souffrée. Des débris de construction dardent la ferraille qui s’échappe du béton, des stèles funéraires disloquées montrent le mépris des hommes modernes pour leurs morts.

Puis, juste à l’extrémité de la promenade de Sainte-Adresse, une grande masse d’argile se dégage à marée basse ; un paléontologue habillé de sa combinaison bleue et de ses bottes de caoutchouc, un sac plastique à la ceinture, dégage de la gangue des fossiles, sa main droite aidée d’un tire-point. Nous l’approchons, et nous voilà devant un maître es science qui nous décrit le paysage d’il y a 350 millions d’année, la probable voie romaine maintenant sous les eaux (info à vérifier), à quelques mètres du ressac des vagues.

Il y a 456 ans Jean de Léry quittait la France depuis le port d’Harfleur pour rejoindre Rio où Calvin l’envoya avec quelques autres protestants. Le vent a manqué, le bateau dû mouillé au large de la Hève pendant quelque temps avant de reprendre la mer pour un long et pénible voyage.

Le peintre Lesueur (Charles Alexandre Lesueur, voyageur et cartographe - 1778-1846; fut conservateur du Muséum d'Histoire Naturelle du Havre en 1845) a dessiné les strates de ce haut lieu de la paléontologie.

Nous venions d’atteindre « le bout du monde », ce lieu au-delà duquel (mais nous en venions par l’autre côté…) il n’est pas autorisé de s’aventurer en raison de l’instabilité de la falaise crayeuse.

Nous avons « retiré les piles » de notre paléontologue très passionné, pour rejoindre la ville de Sainte-Adresse et ses maisons ouvertes sur les vagues et les embruns, les jambes rompues de fatigue mais le cœur joyeux.

 

Bien à toi.

Michel

 

Paleontologe le Havre, muséum d’histoire naturelle :

http://www.museum-lehavre.fr/fr/collections/biodiversite/paleontologie

 

Lesueur Charles Alexandre :

http://www.google.fr/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&frm=1&source=web&cd=5&ved=0CE0QFjAE&url=http%3A%2F%2Fwww.museum-lehavre.fr%2Fsites%2Fdefault%2Ffiles%2Fressource%2Fcatalogue_letlh.pdf&ei=xt_bUZyvM46WhQey5IDIBQ&usg=AFQjCNE0uHREbyC6hKZBpSwLg52avzFx5Q&sig2=tISYCORhMbz3A0OKJXvLNg

 

Jean de Léry :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_de_L%C3%A9ry

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