Géologie

Guides Géologiques régionaux :



Normandie Maine.





F. Doré, C. Larsonneur, C. Pareyn, M. Rioult, P. Juignet avec la collaboration de G. Bignot, Y. Dewolf, P. Hommeril,

JP. Lautridou, Ch. Pomerol, J. Poncet, R. Wyns.

Masson 1987, 2° édition.





ITINÉRAIRE 11



La Basse-Seine et les falaises du Pays-de-Caux, de Villerville à Dieppe



La basse vallée de la Seine, remarquable par ses méandres, est encaissée dans le plateau crayeux de Haute-Normandie et dans son substratum jurassique. Les falaises qui bordent l’estuaire ou constituent le littoral du Pays-de-Caux offrent de magnifiques coupes des dépôts du Crétacé moyen et supérieur et sont favorables aux observations paléontologiques et sédimentologiques. Les sédiments récents, fluviatiles ou marins, conservés dans l’embouchure de la Seine, ainsi que les formations résiduelles et superficielles conservées à la surface du plateau ou sur les bordures permettent de retracer l’histoire quaternaire de la région.



Carte topographique IGN

1/100 000 n° 7 Le Havre-Rouen

1/50 000 Bolbec, Dieppe-Ouest, Fécamp, Le Havre, Montivilliers - Étretat, Pont-Audemer.

Carte Michelin 52 et 55

Carte géologiques

1/80 000 Lisieux et Yvetot

1/80 000 Le Havre, Pont-Audemer, Bolbec, Montivilliers - Étretat, Dieppe-Ouest.



La côte de Grâce et la rive gauche de l’estuaire de la Seine : de Villerville à Foulbec.




Quitter Villerville vers Honfleur, par la N 813. La côte dessine une succession d’arcs concaves, de plus en plus profonds qui correspondent à d’anciens méandres de la Seine ennoyés au cours de la transgression flandrienne1. Entre Cricquebeuf et Vasouy s’ouvre le premier de ces méandres où s’observent des dépôts quaternaire et récents. La première petite route à gauche après Cricquebeuf permet l’accès à la mer (fig 96, 1). Elle traverse le marais avant d’aboutir à la plage bordée d’un cordon littoral sablo-caillouteux, localement recouvert de dunes très modestes.



Fig. 96 – L’estuaire de la Seine et le Pays-de-Caux occidental.



C’est là une défense naturelle bien fragile ne résistant pas aux vagues de tempête qui viennent mourir sur le marais et y abandonner des langues de galets (rognons de silex principalement). Sur l’estran, à une cinquantaine de mètres du rivage, les sables laissent localement affleurer des bancs argilo-tourbeux datés du sub-atlantique et fortement érodés par la mer.



La falaise ancienne, échancrée de petites vallées, dessine un arc de collines boisées en arrière du marais. Les versants sont empâtés de dépôts de solifluxion2 visibles à l’affleurement aux extrémités du croissant, en particulier dans la falaise de Vasouy. Il s’agit d’un « head3 » à silex, très hétérométrique, renfermant en outre quelques blocs ou galets de craie glauconieuse. La succession des coulées, plus ou moins grossières, s’observe localement. Le matériel s’affine vers Honfleur passant à des loess calcaires qui contiennent encore des lentilles graveleuses ou cailloutis.

À l’entrée d’Honfleur, quitter la N 813 pour monter sur le plateau crétacé de la Côte de Grâce (2) ; du calvaire, la vue s’étend largement sur l’estuaire de la Seine et les falaises de la rive droite ; par le chemin du Mont-Joli, vers le Sud, on accède à une plate-forme d’où l’on découvre, vers l’Est de Honfleur, la rive concave d’un ancien méandre de la Seine.



L’estuaire de La Seine est établi sur une zone de fractures. Aujourd’hui, il est fixé dans une auge aux falaises essentiellement crayeuses et remblayées d’une masse énorme de sédiments quaternaires reconnus en sondages. À la faveur d’un niveau marin très déprimé, la Seine, beaucoup plus puissante qu’aujourd’hui, creuse une profonde vallée qui s’abaisse à -25 m NGF de Tancarville, -36 m, sous le port du Havre, -50 m au Parfond (méridien de Ouistrehan). La pente moyenne était alors de 0,4 %, c’est-à-dire plus de 10 fois supérieure à la pente actuelle ( 0,03%). Le fond de l’ancien talweg est accidenté de paléoméandres, de petits reliefs et d’ombilics de surcreusement de quelques mètres. La fig. 97, établie pour la région havraise, donne un exemple de coupe dans le remblaiement alluvial qui atteint là une trentaine de mètres d’épaisseur.

La sédimentation reste principalement contrôlée par le rythme alterné des courants de marée qui déterminent un affinement progressif des dépôts d’aval en amont et du lit du fleuve vers les berges colonisées dans leur partie haute par des plantes halophytes. Les formes classiques de marais maritimes avec schorre et slikke sablo-vaseuse s’étalent largement en bordure de chenal sont le plus souvent altérées par les aménagements humains. On évalue à 5 millions de m³ l’accumulation annuelle entre Quillebeuf et l’embouchure. Ce matériel provient en majeure partie de la mer sachant que les apports annuels du fleuve sous forme de suspensions sont de l’ordre de 1 millions de m³. La dynamique estuairienne se caractérise par l’existence d’un bouchon vaseux qui oscille avec la marée, gonfle et se décante selon la vitesse des courants. Il demeure dans l’estuaire en période d’étiage tandis qu’en crue il est partiellement évacué aux abords de l’embouchure de telle sorte que les dépôts les plus grossiers se trouvent sur les reliefs (bancs sableux) et les plus fins dans les creux. Une inversion des gradients granulométriques transversaux s’observe donc de l’intérieur de l’estuaire à l’embouchure.




Fig. 97 – Paléovallée de la Seine, coupe transversale à la hauteur d’Harfleur.

1. Sables finement coquilliers. - 2. Sables et silts. - 3, Vases. - 4. Nappe inférieure de cailloutis (terrasse 1). - 5. Nappe inférieure de cailloutis (terrasse 2). - 6. Silts et intercalations tourbeuses. - 7. Cordons littoraux de galets.

Quitter Honfleur par la N 180 jusqu’à Fiquefleur ; dans la montée vers le plateau de Saint-Maclou sur la rive droite de la Morelle (3), une carrière donne une coupe accessible sur 25 m d’épaisseur dans le Cénomanien inférieur (Craie glauconieuse) et moyen (Craie de Rouen) où l’on remarque le développement des cordons de silex. Poursuivre sur la rive gauche de la Seine par la N 312 ; l’éperon du Mont-Courel (4) présente également un vaste front de taille débutant à quelques mètres au-dessus de la base du Cénomanien et s’élevant jusqu’au Coniacien ; le palier supérieur de la carrière permet d’examiner le sommet de la Craie de Rouen, la Craie à Actinocamax plenus et la Craie à Inoceramus labiatus, c’est-à-dire de passage Cénomanien-Turonien. Après Berville, on s’engage dans la basse vallée de la Risle.

À 1 km au Sud-Est du bourg de Conteville, de grande carrières sont ouvertes dans les alluvions anciennes de la Risle (6). les coupes de 8 à 10 m montrent des dépôts de cailloutis à matrice sablo-graveleuse, brunâtre, et stratification irrégulière avec traces d’anciens chenaux. Le matériel consiste essentiellement en galets et graviers de silex présentant un émoussé modéré de type fluviatile auxquels s’ajoutent quelques éléments crayeux et de gros blocs de grès ou de meulière d’âge éocène pour lesquels il faut envisager un transport par glaces flottantes. Ces dépôts grossiers se rapportent à une nappe alluviale ancienne formant une vaste plate-forme légèrement inclinée entre Berville et Conteville. C’est la moyenne terrasse de 35-35 m des auteurs dont l’âge pléistocène moyen reste à préciser (Elster?). Localement, à Saint-Sulpice-de-Grambouville par exemple, c’est-à-dire au Sud de Foulbec, s’observe une terrasse plus récente (saalienne?), située autour de 10 m. Des dépôts de solifluxion raccordent souvent les deux niveaux.





Les méandres de la Basse-Seine et le Marais Vernier de Foulbec à Caudelec.



À Foulbec, on rejoint la N 178 qui descend du plateau de Saint-Maclou dans une tranchée encaissée montrant des argiles résiduelles à silex en partie solifluées4 et quelques pointements de craie turonienne. Franchir la Risle et prendre la D 39 vers Saint-Samson de la Roque, puis la D 711 jusqu’au phare de la Pointe de la Roque (6). On jouit à cet endroit d’un panorama remarquable : vers le Nord-Ouest, on observe la confluence de la Risle et de la Seine, le raccordement de leur plaine alluviale, la terrasse de Conteville et sur l’autre rive de la Seine, la falaise du Hode ; vers le Nord-Est, on découvre la pointe de Tancarville, le pont, et au-delà, la raffinerie de Port-Jérôme ; enfin, en arrière vers le Sud-Est se situe le Marais Vernier.



La Pointe de la Roque est limitée vers le Nord par une falaise présentant les faciès crayeux du Cénomanien, Turonien et Coniacien. Son étude peut être faite, soit en descendant en contrebas sur la N 178 (revenir en arrière jusqu’au Castel et descendre à droite le Val de la Porte), soit en prenant à pied le petit chemin à l’Est du phare qui, par un plan incliné et un coude, descend au flanc de la falaise. La partie inférieure de la coupe montre la Craie de Rouen (15 m), blanche avec cordons de silex gris ou noirs et débutant au-dessus d’un hard-ground par l’horizon à fossiles phosphatés de la zone à Turrilite costatus ; ensuite la Craie à Actinocamax plenus (2 m), très noduleuse est surmontée par l’ensemble massif, sans silex, de la Craie à Inoceramus labiatus et Echinoconus subrotundus (6 m) (Turonien inférieur et moyen) ; enfin la Craie à Holaster planus et Micaster normanniae (Turonien supérieur et moyen) a une épaisseur réduite et présente des stratifications obliques. Le sommet de la coupe montre clairement les conditions de gisement des argiles résiduelles à silex qui contiennent encore das certaines poches des festons de silex incurvés ; la surface du front de décalcification, très irrégulière, peut s’insinuer à l’intérieur du massif crayeux sous-jacent sous la forme de boyaux et galeries karstiques.



De la Pointe de la Roque, revenir à la hauteur de Foulbec et prendre la D 90 qui gravit en corniche le versant escarpé de la rive droite de la Risle et donne une belle vue sur cette vallée. Se diriger ensuite par la D 103 sur l’autre versant du promontoire de la Roque pour découvrir le panorama sur le Marais Vernier (table d’orientation) (7). C’est là un magnifique exemple de méandre abandonné par la Seine avant la colmatage flandrien. Les collines, en amphithéâtre, dominent de 110 à 120 m le marais largement mis en valeur aujourd’hui. La digue principale (digue des Hollandais construite entre 1617 et 1620) relie la pointe de la Roque à celle de Quillebeuf. Elle est établie sur un ancien bourrelet de sable argileux, coquilliers, et sépare les terres basses du marais tourbeux au Sud (5 à 6 m de tourbes datées de l’Atlantique au Sub-atlantique), d’une plaine alluviale légèrement plus élevée au Nord, d’origine fluvio-marine (sédiments sableux, fins coquilliers ou sablo-vaseux du Flandrien supérieur). Cette disposition morphologique résulte d’une inversion de relief tue au tassement des tourbes depuis leur dépôt.

En retournant sur la D 90 par Bouqueton, puis par la N 810 jusqu’à Sainte-Opportune-la-Mare, on découvre qu'une succession de points de vue sur le Marais. Prendre ensuite la D 95 ; au-delà de Trouville-la-Haute, on surplombe le méandre de Vieux-Port au niveau de la rive concave taillée dans la craie coniacienne. Poursuivre au-delà d’Aizier par la D 95, puis au-delà de la Vaquerie par la D 65 ; on longe ainsi la forêt de Brotonne qui s’étend largement sur le méandre de Caudebec. À l’entrée de Vatteville, les carrière de la Neuville exploitent les alluvions fluviatiles anciennes, grossières, de la basse-terrasse. À mi-chemin entre Vatteville et l’Angle, prendre à gauche le chemin menant à la berge de la Seine, d’où l’on peut observer le site de Villequier.



La bordure méridionale du Pays-de-Caux et la rive droite de l’estuaire de la Seine : Caudebec au Havre.



Revenir sur le D 65 et à Saint-Nicolas-de-Bliquetuit prendre la D 40 vers Caudebec (bac toutes les 20 minutes – 2019 le bac de Caudebec n’est plus en service aujourd’hui , il est possible de prendre celui de Quillebeuf tous les 30 min environ, ou bien de prendre le Pont de Brotonne). Quitter Caudebec par la D 81 en bordure de la Seine vers Villequier. Près de la statue de Victor Hugo, on observe un panneau de Céromanien inférieur incliné à 30°. Plus loin un tronçon de la route a dû être abandonné à la suite d’un important glissement survenu en 1963 ; on peut se rendre compte du bouleversement de la rive en gagnant l’arrière de la falaise où la Craie glauconieuse et la Craie de Rouen sont bien accessibles ; ces formations sont séparées par un hard-ground auquel est associé une riche faune d’ammonites (Acanthoceras rotomagense, Calycoceras gentoni, Turrilites costatus, Scaphites equalis, Sciponoceras baculoïde…), de bivalves brachiopodes et gastropodes.

À Villequier, prendre la petite route montant au château ; vers 40 m d’altitude, dans un virage, poursuivre à pied vers le Sud à travers la prairie ; dans un grand vallon boisé, on découvre un bon affleurement des argiles noires de Gault avec des nodules phosphatés (Albien supérieur), puis en contrebas, plusieurs fronts de taille dans les Sables ferrugineux, avec passées argileuses, bioturbées, et horizon lignifères. Les marnes kimmeridjiennes peuvent être observées près de la D 81 au voisinage d’une briqueterie abandonnée. Au-delà de Villequier, on retrouve la falaise de craie à silex du Coniacien identique à celle qui est située en amont vers Caudebec. Poursuivre vers Norville d’où l’on domine la basse terrasse alluviale et Port-Jérôme où à la sortie de Tancarville, le talus opposé à la voie ferrée donne une coupe dans les alluvions sableuses avec galets et éclats de silex de la haute terrasse de la Seine. Après traversée de la route de Lillebonne, la D 982 permet de suivre, au niveau de la basse terrasse le pied de la falaise du méandre de Radicatel. La nappe d’eau de la craie donne, dans ce secteur, le grosses sources captées par le Service des eaux du Havre (usine sur la gauche). Avant la bifurcation vers le bourg de Tancarville, les grandes carrières de Pierre Gand entament la craie du Coniacien ; le front de taille permet d’y observer de vastes structures de glissement sédimentaires. Les couches se relèvent vers la pointe de Tancarville et l’escarpement près du pont présente le sommet de la Craie de Rouen et la Craie à Actinocamax plenus du Cénomanien.




Fig. 98 – Les formations quaternaires de Tancarville. (d’après J.-P. Lautridou).

1. Ancien estuaire saalien. - 2. Sables fluviatiles. - 3. Horizons humifères. - 4. Head. - 5. Dune éémienne. - 6. Paléosol fini-éémien. - 7. Sables fluviatiles fins et loess calcaires weichséliens avec lits de silex. - 8. Silts et sables estuariens holocènes. - 9. Cailloutis fluviatiles weichséliens.



À proximité, les formations quaternaires de la pointe de Tancarville (8) affleurent en bordure de la D 982 , sous le pont et dans les anciennes sablières ouvertes à une centaine de mètres au NW (fig. 98), on distingue :



  1. Cycle saalien (coupe du pont) :

    1. Sédiments finement sableux à argileux, calcaires à microfaune estuairienne (paléoestuaire) passant au sommet à un paléosol à mollusques terrestres et d’eau douce, l’ensemble situé vers 7,5 m ;

    2. Dépôts de solifluxion à silex et fragments crayeux pris dans une matrice argilo-limoneuse ou sableuse. À la base, cette formation représente un head lavé par des sables fluviatiles à influences encore marines (foraminifères). Elle passe à un head crayeux à faune malacologique loessique avec paléosol érodé au sommet.

  2. L’Éémien et la séquence weichsélienne (sablières proches du pont) :

    1. Sables fins, calcaires, à microfaune tempérée estuairienne (dune éémienne) en partie masquée aujourd’hui) ;

    2. Sables siliceux, lités, d’origine fluviatile (5 m) ;


    3. Limons calcaires à passées sableuses (apports de versant) et lits de silex éclatés avec granule de craie et mollusques terrestres. Les dépôts « b » et « c » représentent la séquence weichsélienne, elle est couronnée d’une sol holocène : lehm.

            Fig. 99 – Coupe des limons de Saint-Romain (d’après J.-P. Lautridou.

1. Formation à silex. - 2. Limons argileux. - 3. horizon B de sol brun lessivé. - 4. lit de cailloutis. - 5. Limons à doublets, jaune-brun. - 6. Horizon B de sol brun lessivé. - 7. limons à doublets jaune-brun. - 8. limon argileux brun = horizon B de sol brun lessivé. - 9. limons grumeleux brun-orange passant vers le bas à des limons argileux soliflués. - 10. Fentes de gel déformées. - 11. Loess lités claires. - 12. Horizon B de sol brun lessivé.



De Tancarville, il est recommandé de faire un détour vers Saint-Romain pour observer les formations supérieures du plateau cauchois. Rejoindre l’entrée du pont, puis par la D 910 et la D 39, on atteint Saint-Romain (9). Les coupes de l’ancienne briqueterie (sortie du bourg, près du cimetière) montrent la stratigraphie complète des loess lités, non calcaires, de la région, « limons à doublets » dont l’origine implique une humidité certaine, même pendant les périodes les plus froides. La figure 99 donne schématiquement la lithostratigraphie de ce gisement type.

On rejoint ensuite la vallée de la Seine et la N 182, en amont de la pointe du Hode, en empruntant la D 90 par Saint-Vigor d’Ymonville. Depuis Tancarville jusqu’à Harfleur, le plateau de Caux se raccorde à la plaine alluviale de la Seine par une falaise abrupte disparaissant en partie localement sous un glacis argilo-crayeux à silex, soliflué. Vers le Hode, les niveaux de craie à silex, avec biseaux sédimentaires, du Turonien supérieur et Coniacien émergent des dépôts de pente. Dans le vallon affluent de Mortemer, la craie massive, dépourvue de silex, du Turonien inférieur (Craie à Inoceramus labiatus) est exploitée pour la fabrication de ciment. Au-delà, à la hauteur de Sandouville, le front de taille des grandes carrières du Vachat (10), récemment en activité pour la confection d’enrochements, s’étend sur plusieurs centaines de mètres. On peut ainsi observer en haut : le Cénomanien, avec la Craie gluconieuse à cordons de silex gris et noirs dont l’extrême base n’est pas visible (17 m), la Craie à Actinocamax plenus, noduleuse (2 m), puis le Turonien avec la Craie à Inoceramus labiatus, massive sans silex (3 m) et la Craie à Holaster planus, avec silex gris soulignant des biseaux sédimentaires (8 m). Toutes ces formations sont accessibles au voisinage du chemin qui s’élève vers le Vachat.



La partie moyenne de cette coupe peut aussi être observée dans une autre carrière plus à l’Ouest, en remontant dans le vallon de Rogerville. Dans les deux cas, la succession lithologique est très voisine de celle qui est exposée sur le littoral entre Saint-Jouin et Antifer.



Poursuivre sur la N 182 vers Harfleur, puis gagner le centre du Havre par la voie rapide N 182. La ville du Havre est implantée sur la terrasse d’alluvions modernes et sur les dépôts de pentes en contrebas de la falaise cénomanienne qui s’étend de Graville à Sanvic et Sainte-Adresse ; récemment, l’agglomération s’est étendue sur le plateau du Bec-de-Caux couvert d’épaisses formations résiduelles de silex, de part et d’autre de la forêt de Montgeon. La plage du Havre-Sainte-Adresse mérite de retenir l’attention par ses gisements préhistoriques.



Les sites-ateliers de cette station sont situés pour la plupart sur le bas-estran et échelonnés entre l’avant-port et le Cap de la Hève (pointe à Bocquet). Aujourd’hui, suite aux travaux d’aménagement de la Basse-Seine, ils sont généralement ensablés (dégagés parfois après les tempêtes d’hiver), mais ils ont livré un matériel important conservé pour l’essentiel au Muséum du Havre (industrie à éclats du Clactonien montrant des pièces massives à la base, légères et plus diversifiées vers le sommet5).



Le Cap de la Hève et les falaises qui le prolongent vers le Nord jusqu’à la hauteur du Grand-Hameau constituent un site géologique célèbre où les formations jurassiques et crétacées sont bien exposées et sujettes à des éboulements épisodiques (fig. 100). L’accès est possible de Sainte‑Adresse par le chemin quittant la place du Maréchal-Joffre à mi-hauteur de la falaise ou, à marée basse, par la digue prolongeant le Boulevard Foch et la plage (11).



Entre la limite des basses‑mers et le cordon littoral, l’estran permet d’observer l’extrême sommet de l’Oxfordien (zone à Ringsteadia pseudocordata) avec le faciès de calcaires noduleux à colithes ferrugineuses, puis la base du Kimmeridjien avec trois bancs de calcaire coquillier à Pictonia Baylei, Gervillia, Pholadomya, Trigonia associés à des argiles grises à Deltoïdeum delta (2 m). À la base de la falaise, les argiles sont surmontés par deux bancs massifs de calcaire magnésien, gris clair, avec de nombreux terriers et perforations et terminés par des horizons à Zeilleria humeralis (1,2 m). La séquence suivante (zone à Rasenia uralensis) débute par un niveau à galets calcaires, verdis, perforés, dans une argile sableuse à Exogyra virgula et passe à des argiles grises, pour se terminer par un faisceau de petits bancs calcaires, détritiques, à Harpagodes ; épaisseur de 1,80 m à la Hève croît vers le Nord, atteignant 5,50 m à la hauteur de Bléville.

Ces formations kimmeridjiennes, affectées par un léger pendage vers le Nord, sont tronquées par une surface d’érosion correspondant à l’émersion de la fin du Jurassique et le début du Crétacés.



La première formation mise en place lors de la transgression crétacée (Aptien supérieur) est représentée par les sables ferrugineux (25 m) ; ils sont glauconieux, avec des horizons ligniteux et des stratifications obliques engendrées par des paléo-courants provenant en moyenne du Nord ; certains horizons sont bioturbés ou avec des concrétions ferrugineuses et contiennent des restes de crustacés et de gymnospermes.

Les Sables ferrugineux sont tronqués à leur partie supérieure par une surface d’érosion sensible sur l’ensemble de la Normandie. Le Poudingue ferrugineux sus-jacent, épais de 3 à 4 m, présente des sables grossiers, argileux, avec un horizon conglomératique à la base et au sommet, riche en galets de quartz, de roches paléozoïques ou jurassiques silicifiées, et nodules ferrugineux et phosphatés. On y récolte des bois fossiles, des bivalves (huîtres), des Hypacanthoplites remaniés et des Isohoplites et hoplites caractérisant la base de l’Albien moyen. Le matériel détritique, originaire de la Basse-Normandie et du Cotentin, s’est accumulé sous l’action de courants violents en bordure du littoral armoricain.

Après une lacune soulignées par une nouvelle surface d’érosion, la sédimentation à repris à l’Albien supérieur avec les argiles noires de Gault (4 m) et les marnes silteuses, glauconieuses et siliceuses de la Gaize déposées en deux séquences successives (7 m) ; on y observe des cordons de nodules gréseux et cherteux et des ammonites silicifiées (Callihoplites, Mortoniceras). Une surface de ravinement sépare ces dépôts de la Craie glauconieuse sus-jacente qui débute par un horizon très riche en glauconie et galets de Gaize phosphatés et perforés. Cette formation représentant le Cénomanien inférieur (23 m) comprend plusieurs séquences avec l’enchaînement de faciès suivant : marne glauconieuse, bioturbée ; craie avec cordons de silex gris ou noirs ; calcaire noduleux avec réseau de terriers à structure de hard-ground. La faune est abondante avec des bivalves (Merklinia aspera, Arctostrea carinata, Inoceramus virgatus), brachiopodes (Terebrirostra lyra, Cyclothyris difformis, Grasirhinchia grasiana), échinodermes (Discoïdea subuculus, Epiaster crassissimus, Tetragramma variolare), spongiaires (Ploscoscyphia, Guettardia stellata), ainsi que des ammonites (Mantelliceras saxbii, M. mantelli, M. dixoni, Hyphoplites falcatus, Schloenbrachia varians, Hypoturrilites carcitanensis).

Au sommet, un hard-ground marque la limite avec le Cénomanien moyen et supérieur représenté par la Craie de Rouen. Le niveau basal contient une faune phosphatée (horizon fossilifère de Rouen) avec de nombreux céphalopodes (Acanthoceras rotomagense, Schloenbachia coupei, Scaphites equalis, Sciponoceras baculoïde, Turrilites costatus) et passe vers le haut à une craie à silex. La partie supérieure de la falaise présente des argiles résiduelles à silex reposant sur la Craie de Rouen et comblant de nombreuses poches irrégulières, karstiques ; cette accumulation résulte de la décalcification sur place des craies du Céromanien supérieur et Turonien.




La falaise est le siège d’éboulements fréquents dus à la faible résistance des Sables ferrugineux et du Gault ; ils forment une accumulation désordonnée en contrebas de la paroi verticale de craie à silex. Du fait du pendage faible des couches crétacées vers le Nord, les sables et les argiles disparaissent à la latitude de Saint‑Jouin et la falaise est dégagée sur toute sa hauteur.



Fig. 100 – Coupe de la falaise du Cap de la Hève.

Kimmeridjien : 1. Bancs de l’aplomb. - 2. Calcaires à Harpagodes.

Aptien : 3. Sables ferrugineux.

Albien : 4. Poudingue ferrugineux. - 5. Argile de Gault. - 6. Gaize inférieure. - 7. Gaize supérieure ; - 8. Craie glauconieuse. - 9. Craie de Rouen.

10. Argiles résiduelles à silex











Les falaises du littoral cauchois entre Le Havre et Saint-Valéry.





Quitter Le Havre par la D 940 en direction d’Étretat. Prendre à gauche après l’aéroport-aérodrome vers Saint-Andrieux6. Il est possible d’accéder à la falaise en bordure de l’association Aquacaux7 (ancien camp militaire de l’OTAN construit en 1962). À quelques centaines de mètres vers le sud, le Kimmeridjien8 apparaît au sommet de l’estran9 avec le calcaire magnésien puis les argiles et calcaires lumachelliques10 noduleux11 à Harpagodes12 (4 m) ; une nouvelle formation apparaît au-dessus, les Argiles d’Octeville, noires avec Exogyra virgula13 et débris coquilliers (zone à Aulacostephanus mutabilis14). Ces derniers dépôts, absents au Havre, sont conservés entre Saint-Andrieux et Cauville par suite d’un pendage15 sensible vers le Nord leur ayant permis d’échapper à l’érosion anté-aptienne16. La falaise moyenne et supérieure est facilement accessibles, des Sables ferrugineux à la base de la Craie glauconieuse17.




Poursuivre par la D 940 jusqu’à Octeville et gagner le descente du Croquet (attention danger, il est préférable de descendre à Aquacaux (escalier et chemin entretenus) (13)18.



le Calcaire à Harpagodes affleure sur l’estran, puis les Argiles d’Octeville constituent la base de la falaise, en particulier à la hauteur de La Brière, sur une vingtaine de mètres d’épaisseur ; ces argiles noires, compactes, contiennent une importante faune d’ammonites (Aulacostephanus mutabilis, A. pseudomutabilis) et des restes de reptiles et poissons ; elles représentent des niveaux les plus élevés du Kimmeridjien régional. Au-dessus des Sables ferrugineux, Poudingue et Gault, la Gaize19 inférieure prend un développement plus important (12 m) ; la Gaize supérieure, très glauconieuse (1 m), est vigoureusement érodée à la base de la Craie glauconieuse qui débute par un conglomérat à blocs volumineux.


L’estuaire de la Seine et le Pays de Caux occidental. Points repères des sites à visiter.



Plus au Nord, les falaises de part et d’autre de la descente de Cauville (14) sont particulièrement intéressantes. Le sommet des Sables ferrugineux est visible au-dessus du cordon littoral ; il est surmonté par les Argiles à Bucaillella cayeux et Hypacanthoplites jacobi (2 m), visibles vers le Nord, et marquant l’aptien supérieur. Cette formation est remaniée dans le Poudingue ferrugineux qui est ici bien développé (5 m) avec plusieurs surfaces de ravinement internes ; on peut y récolter en outre une faune d’Albien20 inférieur (Leymeriella regularis, Douvilleiceras mammillatum) et de l’Albien moyen (Hoplites dentatus, Anathoplites planus). Des glissements importants se produisent au niveau des argiles de Gault. La falaise en arrière du chaos des éboulements est d’abord constituée par la Gaize inférieure (6 m) , marne silteuse21, beige, se terminant par une surface perforée, puis par la Gaize supérieure (7 m) présentant ici le faciès de glauconitite vert foncé, avec un niveau de plaquettes de calcaire gréseux au sommet ; cet horizon forme un surplomb d’où les eaux du thalweg supérieur tombent en cascade. Une surface de ravinement marque la base de la Craie glauconieuse qui débute également ici par une couche de glauconitie bioturbée22 (3 m) datée de 94,3 Ma. Au-dessus, la Craie glauconieuse (22 m) présente de nombreux cordons de silex pris ou noirs avec des hard-grounds23 ; le Craie de Rouen sus-jacente (12 m) est décalcifiée à sa partie supérieure et supporte les argiles résiduelles à silex.



Un peu plus au Nord, la descente de Heuqueville est peu praticable ; par contre à Saint-Jouin, le chemin de la Valleuse Boucherot (15) permet d’accéder à la plage, au sud des installations du Terminal pétrolier. La descente débute au niveau de la Craie à actinicamax plenus, puis des escaliers longent la paroi de Crie de Rouen avec cordons de silex gris et débris fossilifères marrons phosphatés ; en bas de ces escaliers la falaise présente deux hard-grounds bien individualisés, situés au milieu de la Craie glauconieuse ; le réseau de terriers qui s’insinue sous la surface supérieure entre les nodules calcaires, sur plus de 1,50 m d’épaisseur, est souligné par la concentration de la glauconie. Le chemin descend ensuite à travers le chaos des éboulements jusqu’à l’estran. Le talus au-dessus du cordon littoral présente la base de la Craie glauconieuse, avec un horizon glauconieux, conglomératique, à blocs de Gaize et graviers phosphatés, reposant sur la Gaize supérieure par l’intermédiaire d’une surface de ravinement. Vers le Sud de la plage, la pointe du littoral est constitué par le sommet des Sables ferrugineux et le Poudingue ferrugineux ; il est possible de contourner ce cap et d’’observer ces formations , ainsi que le Gault et la Gaize, dans les falaises voisines du Grand Hameau. Au nord de la plage, de nombreux blocs de Cénomanien24, présentent des structures sédimentaires variées, bien mises en évidence par érosion différentielle dans la zone de déferlement.



Le Terminal Pétrolier précède la grande falaise nord de Saint-Jouin à partir de laquelle le glacis d’éboulement empâtant habituellement la base de la falaise disparaît ; la paroi verticale est alors uniquement constituée par les craies à silex du fait du pendage de l’ensemble de la série vers le Nord. Cette disposition structurale est à l’origine du choix de l’emplacement du port artificiel. Prendre au nord du bourg de Saint-Jouin, la D 111 vers Bruneval ; à la hauteur de la valleuse des Carrières, sur la gauche, un belvédère permet d’observer les installations du Terminal pétrolier. C’est au voisinage de ce site que les isobathes marines de -35 m et -30 m, correspondant respectivement aux tirants d’eau des navires de 540 000 et 1 000 000 t, se rapprochant le plus de la côte. Le port coïncide avec l’affleurement sous-marin des Sables ferrugineux qui a été creusé par dragage jusqu’à une profondeur de 25 m, susceptible d’être portée à 32 m (figure ci-contre)








Site du Port pétrolier de Saint-Jouin-Antifer et lithologie des fonds marins voisins.

[1 – Marnes du Kimmeridjien. 2 – Sables ferrugineux de l’Aptien ; 3 – Marnes de l’Albien.]

Il est possible de descendre sur le terre-plein en contrebas des falaises (grand parking côté Sud). La route d’accès en lacet donne une bonne coupe depuis le Turonien moyen jusqu’au Cénomanien inférieur. Le contact avec l’Albien25 est exposé dans la basse falaise au Sud.

Continuer sur la D 111 et descendre jusqu’à la plage de Bruneval (16). La craie glauconieuse est visible de part et d’autre de la valleuse, et présente les deux hard-grounds jumelé déjà observés à Saint-Jouin. Un cône d’éboulis, vers le Nord, permet d’accéder jusqu’à la Craie de Rouen ; vers le Sud, le haut de la falaise, au niveau du Turonien supérieur, présente des structures de glissements synsédimentaires26.

Par la D 111, on atteint ensuite La Poterie-Cap d’Antifer d’où l’on peut gagner le Phare d’Antifer au sommet d’une falaise de 102 m ; de la route d’accès un chemin se détache vers le Nord jusqu’à la valleuse du Fouquet (17). la base de la Craie de Rouen est visible sur l’estran et son sommet à mi-hauteur de l’escalier d’accès. Elle est surmontée par la Craie à Actinocamax plenus (2,5 m) compris entre deux hard-grounds glauconieux et comportant deux séquences séparées par une discontinuité identique ; puis vient la craie massive sans silex, à Inoceramus27 labiatus et Orbirhynchia cuvieri du Turonien inférieur (6 m).

Retourner sur la D 940 vers Le Tilleul et, près de l’église, prendre à gauche le chemin menant à la plage (18). La falaise au Sud-Ouest débute à la limite Cénomanien28-Turonien29 et des structures lenticulaires avec glissements sont visibles dans la partie supérieure. Vers le Nord-Est, en direction de la Pointe de la Courtine, la falaise est un champ d’observation particulièrement riche.



Un peu au-dessus du cordon littoral, au débouché de la valleuse, le Turonien moyen (5 m) se termine par deux hard-grounds à surface supérieure arasée, glauconieuse ; ils forment en fait un repère caractéristique sur toute l’étendue du Bec-de-Caux. Le Turonien supérieur (7 m) présente de nombreux terriers épigénisés30 en silex, puis le Coniacien31 inférieur, débute par un faisceau de quatre hard-grounds, se dédoublant souvent et associés localement à des lentilles dolomitiques ocres, des cordons de silex brun rougeâtres et de calcarenites32 bioclastiques33 ; enfin, la partie supérieure de la falaise est constituées par le Coniacien supérieur (60 m).



Le littoral entre Le Tilleul et Étretat peut être visité en empruntant le tunnel de la Pointe de la Courtine, mais l’accès est plus aisé en partant de la plage d'Étretat au Nord, à laquelle on accède en reprenant la D 940.

La falaise vers la grande Porte d’Aval est constituée par la Craie du Turonien supérieur et du Coniacien. Dans l’anse des anciens viviers, on retrouve des bancs de calcaire noduleux surmontés par un niveau avec des structures désordonnées engendrées par glissement synsédimentaire.

Par le tunnel près la Porte d’Aval, à marée basse, ou par la descente du terrain de golf (Valleuse de Jambourg), à marée haute, on peut accéder à la baie de la Manne Porte, puis à celles qui vers le Sud s’adossent à la Pointe de la Courtine. Au-dessus de hard-grounds horizontaux, se sont développés plusieurs monticules, épisodiquement stabilisés par la diagénèse précoce de calcaire noduleux, mais affectés par des glissements locaux dans les secteurs où la pente du fond était plus accentuée ; on comprend ainsi l’origine de structures en « pli couché » intercalées entre des bancs non déformés.



Entre la Manne Porte et la Porte d’Aval, le pied de la falaise est entamé par une encoche qui est due pour une large part à la desquamation de la craie après les périodes de gel (phénomène de « l’abri sous roche ») plutôt qu’à l’action des vagues porteuses de galets. Cette encoche n’existe pas au pied de l’aiguille pourtant battue par les vagues à chaque marée (mais ici, la roche ne gèle pas). Comme sa forme pointue facilite l’écoulement des eaux de pluies et ne donne aucune prise à l’érosion karstique34, la stabilité de l’aiguille est remarquable (on en possède des représentations depuis le 5° siècle). Sa forme pyramidale est déterminée par le réseau de diaclase, bien visible à son pied. Son isolement, comme l’ouverture des portes est dû principalement au déblaiement par la mer des produits de remplissage des cavités karstiques évacués lors des effondrements consécutifs. Parmi les galets de silex, on rencontre parfois tout au long de cette côte, des nodules de marcasite, sulfure de fer jaune d’or (pyrite) en cristaux rayonnants.



À marée basse, sur la plage d'Étretat, s’écoule abondamment l’eau d’une exurgence, appelée source des galets. C’est l’aboutissement d’une rivière souterraine qui parcours la vallée d'Étretat devenue sèche au cours du Moyen Age, par suite de l’abaissement du niveau de la nappe de craie. Dans la falaise au Nord de la digue d'Étretat, vers la porte d’Amont, est exposé un remarquable glissement synsédimentaire sur le flanc d’un banc sous-marin proéminent : on y reconnaît des plis de slumping engendrés par le fluage de masses de craie noduleuse et des surfaces de ravinement associées à des accumulations lumachelliques.



Ce secteur est également favorable à l’étude des discontinuités au sein de la sédimentation crayeuse. En fonction de la durée de la lacune séparant deux séquences successives et des événements qui sont intervenus sur le fond marin ou au sein des sédiments pendant cette période, on est amené à distinguer une hiérarchie parmi les discontinuités (fig. 102) ; une surface d’omission ou surface avec terriers correspond à un ralentissement de la sédimentation accompagné d’une prolifération des organismes fouisseurs (surtout crustacés) ; une surface d’érosion ou de ravinement peut apparaître si le fond meuble est érodé, avec remaniement de fossiles ou concrétions ; fréquemment une cimentation diagénétique précoce est liée à la lacune et au réseau de terriers, elle débute autour du noyaux à quelques dizaines de centimètres sous l’interface eau-sédiment ; il en résulte une craie noduleuse ; la croissance des nodules s’accentuant, une couche lithifiée s’individualise avec une couverture de sédiment meuble, constituant ainsi une ébauche de hard-ground ; le banc rocheux peut apparaître sur le fond à la suite d’une érosion, il se forme alors un véritable hard-ground avec perforations et épifaune encroûtante, et, si la lacune se prolonge, des croûtes glauconieuses et phosphatées apparaissent ; si l’érosion du fond est intense, la surface du hard-ground devient très régulière et l’arasion tronque les terriers, perforations et croûtes minéralisées ; dans les deux cas, ces hard-grounds ont une extension considérable pouvant dépasser plusieurs centaines de kilomètres carrés.


Fig 102 : Schéma indiquant les différents stades dans la formation des discontinuités sédimentaires de la craie du Pays de Caux.



Revenir au centre d'Étretat et prendre la D 11 vers Bénouville. Juste avant le panneau marquant la limite d'Étretat, prendre à gauche (angle aigu) la petite route qui monte au monument et à la chapelle, construite en calcaire d’algues du Dano-Montien. Au-delà du monument, un chemin puis un escalier permettent d’accéder au côté est de la porte d’Amont. Au début de la descente, des arrachements montrent la disposition des formations superficielles : le limon des plateaux recouvre un banc de galets de silex soliflués (formation résiduelle à silex) qui oblitère à son tour des poches karstiques emplies de sable argileux mêlé de silex. En redescendant on profite de belles échappées vers le SW (Étretat) et vers le NE (Roc de Vaudieu, puis Aiguille de Belval, tous deux isolés comme l’aiguille d'Étretat). Au pied de l’escalier, sur le haut estran, nombreuses marmites décimétriques, parfaitement circulaires. La falaise présente des structures comparables à celles décrites précédemment : on note toutefois à proximité de l’escalier, des blocs de hard-ground démantelé dans une craie dolomitisée35 et au-delà dans la falaise du Banc de Cuves, un hard-ground incliné quittant un faisceau de discontinuités horizontales et s’élevant à plus d’une cinquantaine de mètres sur le flanc d’un banc sou-marin dont la stratification interne reste horizontale. Il est possible de suivre le littoral à marée basse vers l’aiguille de Belval et la valleuse du Curé.

Celle-ci était autrefois accessible à partir de Bénouville par un chemin qui se détache à l’est de l’église. On peut cependant s’y rendre pour observer l’érosion régressive (recul de tête), de la gorge de raccordement à la plage située 30 m plus bas. Après chaque orage, elle scie le fond de la valleuse et a fini par emporter l’escalier d’accès à la plage. Du haut de la falaise, vue rapprochée sur l’aiguille de Belval. De toute façon, ces belles coupes sont également accessibles par la valleuse de Vattetot (fond d’Étigue). Par la route, il faut tourner à gauche à 600 m à l’Est de l’église de Bénouville, en face d’un calvaire (chemin creux avec nombreuses niches de décollement et loupes de glissement sur les versants) ; à pied un chemin se détache juste à la sortie de Wattetot avec l’indication « Falaise, chemin pour piétons, 0,8 km ».

En suivant la falaise vers l’Ouest, on découvre de nombreuses structures de monticules de bancs carbonatés montrant les processus sédimentaires variés qui interviennent au cours de leur élaboration.

Par la D 211, on peut atteindre ensuite l’anse de Vaucottes, où à mi-hauteur vers l’Ouest, dans la Craie à Micaster decipiens, on reconnaît un horizon36 déformé par des glissements sédimentaires dont les plissements sont soulignés par des cordons de silex ; des ébauches de hard-ground sont visibles au niveau de l’estran. On rejoint ensuite Yport et Fécamp par la D 211 et la D 940.



Fécamp est établi dans la basse vallée de la rivière de Valmont, en aval de la confluence avec la rivière de Ganzeville. La rupture de pente en bordure du plateau, au sud-ouest de la ville, coïncide approximativement avec la faille Fécamp-Bolbec-Lillebonne orientée NNW-SSE avec un rejet de 100 à 150 m. Cette faille affecte la falaise méridionale de Fécamp, derrière le Casino ; vers le Sud, la craie subhorizontale du Santonien inférieur assez fine, avec des cordons de silex et des passées tendres grisâtres, constituent la falaise ; on y récolte Micaster coranguinum37 et Echinocorys gibbus38. Au Nord, par contre, la falaise du Cap Fagnet est constituée par les couches du Cénomanien et du Turonien affectées d’un léger pendage vers le Nord. Près de la jetée, à marée basse, l’estran est constitué par des bancs d craie glauconieuse avec silex blonds surmontés par des calcaires noduleux, gréseux, glauconieux, bioturbés, constituant trois hard-grounds.



Cette formation (5 m) représente le Cénomanien inférieur et se termine par un hard-ground avec encroûtement phosphaté formant la grande dalle bien dégagée du haut-estran sous le cordon littoral. Au-dessus, la Craie de Rouen dont la base est glauconieuse avec un cordon de nodules et fossiles phosphatés (faune de Rouen) n’a que 3,50 m d’épaisseur et se termine à la base de la falaise par un nouveau hard-ground. Cette réduction d’épaisseur par rapport aux coupes de Saint-Jouin et Antifer peut être comparée à la condensation existant à Pavilly et Rouen (2 m) ; ces localités s’ordonnent sur un axe NW-SE, appelé Ride de Rouen ayant joué comme un haut-fond au Cénomanien moyen-supérieur. La Craie à Actinocamax plenux39 (3 m) est bien exposée dans la partie inférieure de la falaise avec des calcaires noduleux à Cidaris hirudo40. La Craie marneuse sus-jacente présente un remarquable faciès massif, noduleux, dépourvu de silex (5 m) avec Inoceramus pictus41, puis I. Labiatus marquant le Turonien inférieur : la partie moyenne de l’étage possède des silex noirs à cortex blanc ou rosé qui se raréfient à nouveau dans la zone supérieure.



La structure monoclinale vers le Nord peut être décelée en se dirigeant de Fécamp vers Saint-Pierre-en-Port par la D 79. Au préalable, il est toutefois conseillé de remonter la vallée à l’Est de Fécamp par la D 150 vers Valmont.

Prendre dans Valmont la direction d’Ourville. Juste à la sortie de la localité, 150 m après le passage à niveau, emprunter à gauche la D 10 qui s’ouvre entre deux tours. Au sommet de la côte (600 m environ), tourner à droite vers le château d’eau et encore à droite après l’avoir dépassé. Le chemin empierré aboutit à une grande sablière où des dépôts marins redoniens (Pliocène) ont été récemment identifiés à la base d’une formation sableuse d’environ 45 m d’épaisseur piégée dans une cavité karstique de la craie et par conséquent préservée de l’érosion.

La coupe est la suivante de bas en haut (la base est visible dans une zone abandonnée, le sommet dans la partie actuellement exploitée).

  1. Craie à silex très altérée du Cénomanien inférieur ;

  2. Sables quartzo-calcaires42, glauconieux, à éléments éocènes remaniés, localement indurés en grès calcaires, contenant une faune de foraminifères redoniens (1 à 2 m) ;

  3. Argiles sombres à passées silto-sableuses43, glauconieuses, attribuées également au Redonien (0,5 à 2 m) ; au sommet, des argiles bariolées témoignent d’une phase d’émersion accompagnée d’altération ;

  4. Sables quartzeux à grain fin à moyen, à filets d’argile blanche kaolinique, azoïques44 (15 m environ), comparées aux Sables de Lozère de Haute Normandie, antérieurement attribués au Miocène, mais dont l’âge pliocène supérieur est ainsi établi.

  5. Sables de Valmont (30 m) quartzeux, fins, blanchâtres, azoïques, couronnés d’un paléosol jaune-rouge. L’âge pliocène supérieur (Revérien) est probable dans un contexte fluvio-marin.



Cette coupe montre que la mer redonienne a recouvert au moins partiellement le Pays de Caux et que la région a subi un exhaussement important (au moins 160 m) depuis le dépôt des sables de Valmont. Elle souligne également l’importance des phénomènes de karstification au Quaternaire et conduit à considérer les argiles rouges à silex du pays de Caux comme le résultat d’un mélange mécanique postérieurement au Redonien, des produits de décalcification de la craie et des matériaux tertiaires sus-jacents.

Rejoindre Fécamp et la D 79, vers Senneville (virage à angle aigu). Du sommet , belle vue sur le site de Fécamp. On aperçoit vers le SE des « rideaux » sur le versant de la vallée. À environ 250 m après l’église de Senneville, tourner à gauche. Une route étroite, ancien chemin creux de la valleuse du « Val de Mer », conduit aux escaliers qui donnent accès à la plage. Dans la falaise, la limite Turonien-Coniacien (base de la craie noduleuse) se situe à 30 m au-dessus du cordon littoral ; quelques hard-grounds et biseaux sédimentaires sont visibles, mais l’ensemble présente une stratification parallèle régulière. Plus loin, au Val d’Ausson, ou valleuse d’Eletot, à laquelle on accède par une petite route en creux (glissements sur les versants) qui aboutit à des escaliers, les mêmes couches sont abaissées d’une dizaine de mètres par suite du pendage et à Saint-Pierre-en-Port, la base du Coniacien affleure sur l’estran.

En poursuivant par la D 79, les falaises sont également accessibles aux Grandes Dalles, Petites Dalles et Veulettes-sur-Mer. La craie du Santonien en gros bancs, avec intercalations de silex noirs et d’horizons noduleux, contient des échinides (Micraster intermedius, Echinocorys vulgaris, Cidaris clavigera, des huîtres et des inocérames parfois accumulés en lumachelles, des brachiopodes, des spongiaires et des serpulidés. De nombreux blocs de grès issus de formations tertiaires et emballés dans la formation résiduelle à silex du plateau (Malleville-les-Grès), après éboulement des falaises, sont conservés sur le platier en particulier à l’Ouest de Veulettes-sur-Mer, ainsi qu’à 3 km à l’Est , au pied de la Pointe du trou au Vin. Les chantiers de la Centrale atomique de Paluel ménagent des groupes variés dans les formations superficielles.

Enfin à Saint-Valéry-en-Caux, la falaise d’Aval, vers l’Ouest, présente à sa base deux hard-grounds surmontés par quelques bancs lenticulaires en biseau, les lits de silex étant très espacés. À l’Est, la falaise d’Amont, accessible par la plage à marée basse, présente à sa base un hard-ground visible sur deux kilomètres environ, puis qui s’enfonce sous l’estran vers l’Est ; un hard-ground, oblique se dédoublant apparaît au niveau de l’estran et s’élève vers l’Ouest jusqu’à une cinquantaine de mètres dans la falaise en formant un vaste plan incliné au niveau duquel les cordons de silex sous-jacents sont interrompus ; ceux qui soulignent la stratification dans la dépression située à l’Est viennent s’effiler en biseau sur ce plan incliné. Au-delà, à proximité de Veules-les-Roses, quelques anciens monticules sous-marins donnent une structure en dôme symétriques très surbaissé recouverts par des souches horizontales. En quittant Saint-Valéry-en-Caux, par la D 925, on peut gagner le Cap d’Ailly et se raccorder au parcours décrit ci-dessous. (De Neufchatel-en-Bray aux environs de Dieppe.)

1La transgression, en géologie, est un déplacement de la ligne de rivage vers l'intérieur des terres, due à un affaissement continental ou à une élévation du niveau de la mer ou à une conjonction de ces deux situations (par exemple en période de réchauffement climatique).

2Dépôts de solifluxion : La solifluxion1 est la descente, sur un versant, de matériaux boueux ramollis par l'augmentation de leur teneur en eau liquide.

3Head : Le head est un dépôt de solifluxion sur un versant, formé sous climat périglaciaire. Constitué par un matériel grossier (graviers, cailloux, blocs, clastes grossiers) emballé dans une matrice pierreuse plus fine, ce dépôt de pente peut être dominé par les clastes ou par la matrice. Les heads sont caractérisés par un matériel hétérométrique et l'absence de figures de sédimentation2.

4Lire la note 41.

5Visiter au Havre ce très intéressant Muséum d’Histoire Naturelle, place du Vieux Marché (magnifique exposition de fossiles).

6Saint-Andrieux : hameau d’Octeville sur mer

7https://www.aquacaux.fr/

8Kimmeridjien : Le Kimmeridjien est le deuxième étage stratigraphique du Jurassique supérieur (Malm). Il s'étend de -157,3 ± 1.0 à -152,1 ± 0.9 millions d'années. Sa durée est d'environ 5 millions d'années.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Kimm%C3%A9ridgien

9Estran : partie du littoral périodiquement recouvert par la marée. L'estran, zone de marnage ou zone intertidale ou replat de marée est la partie du littoral située entre les limites extrêmes des plus hautes et des plus basses marées. Il constitue un biotope spécifique, qui peut abriter de nombreux sous-habitats naturels.

10Lumachelles : roches sédimentaires formées de coquilles fossiles

11Noduleux : nodule ; nœud . Concrétion que l’on rencontre dans certains terrains. Un nodule est une concrétion minérale arrondie dont la composition diffère de celle de la roche encaissante. C'est une masse globuleuse, mesurant quelques centimètres à dizaine de centimètres, voire plus, qui, par sa composition et/ou sa structure, se différencie de la roche dans laquelle elle est incluse. http://www.geowiki.fr/index.php?title=Nodule

12Harpagodes : https://science.mnhn.fr/institution/mnhn/collection/f/item/b12700?listIndex=1&listCount=21 ;

13Exogyra virgula : Exogyra (exogyre en français) est un genre de mollusques fossiles (proches de l'huître) ayant vécu en milieu marin au Jurassique et au Crétacé. On retrouve fréquemment dans les sédiments de grandes quantités de fossiles d'Exogyra qui s'accumulent sous forme de lumachelles, par exemple au Kimméridgien.

14Ammonite mutabilis : Aulacostephanus mutabilis ; https://science.mnhn.fr/institution/mnhn/collection/f/item/r02908?listIndex=3&listCount=21

15En géologie et cartographie, le pendage sert à définir la géométrie d’orientation d’un plan, d’une surface. Dans le langage courant, une indication de pendage regroupera deux informations, direction et inclinaison du plan caractérisé, tandis que le terme de pendage simple aura tendance à faire référence à l'angle d'inclinaison seulement.

16Anté-aptienne : L'aptien, en géologie, correspond au 4e étage stratigraphique du crétacé inférieur. Il repose sur des données de terrain du Sud-Est de la France, dont la ville d'Apt. Il se compose de trois sous-étages : Bédoulien, Gargasien, Clansayésien.

17Craie glauconneuse : La glauconite et les craies glauconieuses La glauconite est un silicate de fer hydraté  de la famille des phyllosilicates, de formule (K,Na)2(Fe3+,Fe2+,Al,Mg)4[Si6(Si,Al)2O20](OH)4. La vraie glauconite a une structure de mica, pro parte dioctaédrique. Sa couleur vert foncé caractéristique est due à la réduction du Fer en ion ferreux (Fe2+). C’est un minéral secondaire présent dans la craie mais également dans les roches détritiques inférieures à la craie (sables verts). Elle dérive de l’altération de minéraux ferromagnésiens (pyroxènes, amphiboles et micas). Glauconite et phosphate sont souvent associés, la glauconitisation précédant la phosphatisation. Le minéral précipite lors de la diagenèse (Ensemble des phénomènes de consolidation et de durcissement d'un dépôt sédimentaire.) précoce en milieu réducteur. Il est associé à des traces fossiles :



18Voir la carte :

19Gaize : roche légère et poreuse à grain fin, de teinte gris-vert devenant plus sombre en s'hydratant. Ce sont des grès glauconifères à spicules d'éponge et à ciment d'opale qui peuvent passer à de véritables spongolithes par prolifération des spicules. Les meules du Crétacé et les tuffeaux du Landénien belge sont des gaizes. [http://www.geolsed.ulg.ac.be/sedim/lexique.htm#G]

20Albien : L'Albien est le dernier étage stratigraphique du Crétacé inférieur, entre ≃ −113,0 et ≃ −100,5 . Il succède à l'Aptien et précède le Cénomanien, premier étage du Crétacé supérieur. Stratotype L'Albien doit son nom à la rivière de l'Aube (de Albion puis Alba, nom latin de l'Aube).

21Silt : En géologie, on utilise souvent l'anglicisme silt pour désigner les limons. Un limon est une formation sédimentaire dont les grains sont de taille intermédiaire entre les argiles et les sables c'est-à-dire entre 2 et 63 micromètres (les limites précises peuvent varier quelque peu suivant les laboratoires). Un dépôt majoritairement limoneux peut être qualifié de limon.

22Bioturbation : La bioturbation désigne le transfert d'éléments nutritifs ou chimiques par des êtres vivants au sein d'un compartiment d'un écosystème ou entre différents compartiments. C'est aussi le mélange actif des couches de sol ou d'eau par les espèces vivantes, animales principalement.

23Hard-grounds : Les hard-grounds (ou hard-grounds indifféremment ou fonds durcis) résultent de l’évolution d’une craie ordinaire soumise à des phénomènes diagénétiques [La diagenèse, ou diagénèse, désigne l'ensemble des processus physico-chimiques et biochimiques par lesquels les sédiments sont transformés en roches sédimentaires. Ces transformations ont généralement lieu à faible profondeur, donc dans des conditions de pression et température peu élevées. Ces transformations engagent des processus variés, notamment : compaction, déshydratation, dissolution, cimentation, épigénisation, métasomatose.] précoces qui l’affectent à moins d’un mètre de la surface du fond marin. Ces phénomènes conduisent à une cimentation et à un durcissement. Un hard-ground est l’évolution ultime d’un arrêt de la sédimentation qui débute par la transformation en une craie noduleuse. Les hard-grounds abritent une flore et une faune spécifique adaptées au fond durci. Les organismes (huîtres, bivalves fouisseurs, éponges) peuvent vivre fixés sur le substrat ou forer dans la boue cimentée pour s’y abriter.

24Cénomanien : Le Cénomanien doit son nom à la ville française du Mans, dans la Sarthe, et plus particulièrement à l'ancien peuple des Cénomans. Il a été défini comme stratotype de référence et décrit la première fois en 1847 par Alcide d'Orbigny2. Composé essentiellement de sables, il est à l'origine du grès "roussard" (cénomanien inférieur) qui donne à la muraille du Mans sa couleur3. Sa base biostratigraphique est définie par la première apparition du foraminifère Rotalipora globotruncanoides. Son sommet correspond à la première apparition de l'ammonite Watinoceras devonense.



25Albien : voir note 14.

26Synsédimentaire : phénomène se produisant dans un dépôt sédimentaire au moment de la sédimentation.

27Inoceramus : inocérame en français, est un genre éteint de mollusques bivalves de la sous-classe des Pteriomorphia). Ils ressemblaient vaguement aux huîtres du genre Pteria. Plusieurs espèces d'Inoceramus ont connu une large distribution mondiale durant le Crétacé. On en trouve de nombreux fossiles, par exemple :

28Cénomanien : voir note 16.

29Turonien : Le Turonien est un étage stratigraphique du Crétacé supérieur. On le situe entre -93,9 et -89,8 ± 0,3 Ma1, après le Cénomanien et avant le Coniacien.

30Épigénèse : En géologie, l'épigenèse désigne le phénomène qui permet le changement de nature chimique des minéraux. [ Larousse : Remplacement lent, au sein d'une roche, d'un minéral par un autre, molécule par molécule, avec conservation de la forme originelle. Synonyme de surimposition.]

31Coniacien : est un étage géologique du Crétacé supérieur. On le situe entre -89,8 ± 0,3 et -86,3 ± 0,5 Ma1, après le Turonien et avant le Santonien.

32Calcarénites : Les calcarénites sont des grès formés par la consolidation de sables calcaires1. Ce type de roches se forme notamment dans les zones littorales des régions tropicales dans les massifs dunaires constitués par les sables d'érosion des récifs coralliens.

33Bioclastiques : Ce qui est bioclastique désigne un sédiment qui contient des résidus, voir quelques organismes fossiles entiers noyés au milieu de débris, que ces éléments aient été transportés ou non. On parle alors de roche bioclastique ou biodétritique dans le cas d'agglomérats.
Lire plus: https://www.aquaportail.com/definition-7308-bioclastique.html

34Karstique : Région de formation calcaire caractérisée par la prépondérance du drainage souterrain et par le développement d'une topographie originale due à la corrosion de la roche (grottes, gouffres, résurgences, etc.). Phénomènes appelés karstiques, du nom d'une région de l'Istrie qui en fournit le plus bel exemple. L’Istrie est une région de la Croatie située sur l’Adriatique, près de Trieste (Italie).

35Dolomite : La dolomite est une espèce minérale formée de carbonate de calcium et de magnésium de formule chimique CaMg(CO3)2 avec des traces de Fe, Mn, Co, Pb, Zn. Substitution du calcium par le magnésium dans le calcaire ordinaire. Sa découverte est attribuée par l’historiographie au minéralogiste suisse Horace-Bénédict de Saussure3. Il en fait l'analyse chimique en 1792 avec son fils Nicolas-Théodore4, qui en est l'inventeur officiel. Or, dès 1791, un autre minéralogiste français Déodat Gratet de Dolomieu avait identifié un type de calcaire différent dans les Alpes tyroliennes.

36Horizon : Un horizon en pédologie est une couche du sol, homogène et parallèle à la surface. [La pédologie (du grec πέδον pédon : « sol » et λόγος lógos : « étude ») est une science ayant pour but d’étudier la pédogenèse, c'est-à-dire la formation et l'évolution des sols, notamment au travers de plusieurs taxonomies (classifications) des sols.]

37Micaster coranguinum : est une espèce éteinte d'oursins de la famille des Micrasteridae et du genre Micraster, elle date du Crétacé supérieur 1.

38Echinocorys gibbus : oursin fossile Cénomanien.

39Actinocamax plenux : genre de belemnite, un groupe éteint de céphalopodes.

40Cidaris hirudo : C'est une baguette d'environ 55 millimètres de long et de 6 millimètres de diamètre. Le renflement ne commence guère qu'au quart de la longueur, il arrive à son maximum vers les deux tiers, et le corps finit assez brusquement en pointe émoussée ; le col est long et n'a pas beaucoup plus de diamètre que le sommet. La tête est annulaire, petite et courte; la facette articulaire paraît lisse. Lorsque ce corps a été dénudé, il ne paraît que costulé dans toute sa longueur ; mais lorsqu'il est conservé, on voit que les petites côtes ou filets longitudinaux supportent autant de rangées plus ou moins droites de fines granulations anguleuses.

41Inoceramus pictus, I. Labiatus : inocerame.. voir note 22.

42Quartz : Le quartz est une espèce minérale du groupe des silicates, sous-groupe des tectosilicates, composé de dioxyde de silicium, ou silice, de formule chimique SiO2, avec des traces de différents éléments tels que Al, Li, B, Fe, Mg, Ca, Ti, Rb, Na, OH. Il se présente sous la forme ou bien de grands cristaux incolores, colorés ou fumés, ou bien de cristaux microscopiques d'aspect translucide.

43Silt = limon. Voir note 16.

44Azoïque : en zoologie ou géologie, un adjectif, principalement utilisé au XIXe siècle, qui signifie qu'un milieu ne comporte aucune vie animale, ou qu'un terrain ne présente aucune trace de vie animale fossile (paléontologie).